La physiopathologie hémorroïdaire : l’entrée en scène des tests ADN !
Société Savante des Maladies et Cancers de l'Appareil Digestif

Domaine concerné
Physiopathologie

Degré d'innovation
Important

Avancement
Recherche clinique

Impact patient

Impact soin
Faible

Intérêt

Arrivée dans la pratique
Futur lointain

Rédacteur
Docteur Vincent DE PARADES

Enthousiasme

À la une 27/10/2021

La physiopathologie hémorroïdaire : l’entrée en scène des tests ADN !

Les hémorroïdes sont des formations anatomiques normales, présentes dès la naissance chez tous les individus et leur pathologie est extrêmement fréquente.

 

Pour autant, leur physiopathologie reste mystérieuse et force est d’admettre que la recherche en la matière est pauvre (pathologie quasi « orpheline » de ce point de vue). C’était sans compter avec les tests ADN. Ces tests (d’ailleurs interdits en France mais réalisables à l’étranger) ont le vent en poupe et suscitent un intérêt grandissant pour les particuliers car ils permettent de préciser des origines ethniques par exemple, voire de dévoiler certains secrets de famille… La société californienne 23andMe est une des sociétés de biotechnologie qui propose aujourd’hui une analyse du code génétique des particuliers. Mais elle s’intéresse aussi à la recherche médicale…

 

Cette étude multicentrique a ainsi consisté à analyser le génome de 944 133 individus de descendance européenne, ayant fait un test ADN auprès de cette société et dont 218 920 avaient une pathologie hémorroïdaire diagnostiquée sur la base d’un auto-questionnaire. Ces individus avaient donné leur consentement écrit pour l'utilisation de leurs échantillons à des fins de recherche selon un protocole approuvé par un comité d’éthique. Des facteurs de risque génétiques ont été recherchés sur la base d’une méthodologie complexe (la section des Méthodes comporte un supplément en ligne de 30 pages…) ayant comparé les 218 920 patients à 725 213 témoins. 

 

Des anomalies ont été identifiées de façon significativement plus fréquente au niveau d’une centaine de loci de gènes d’expression du développement et de la morphogenèse du muscle lisse, de l’épithélium et de la matrice extracellulaire chez les sujets ayant une pathologie hémorroïdaire. Il y avait également une corrélation entre ces anomalies génétiques et d’autres pathologies, notamment gastro-intestinales (diverticulose colique, syndrome de l’intestin irritable), psychiatriques (anxiété, dépression) et cardio-vasculaires (HTA, cardiopathie ischémique). La conclusion des auteurs était donc que les sujets ayant une pathologie hémorroïdaire ont un profil génétique spécifique qui les prédispose à une dysfonction du muscle lisse, de l’épithélium et du tissu conjonctif. 

 

Commentaires
 

Cette méta-analyse d'une étude d'association pangénomique est d’une grande complexité (et très laborieuse à lire avec un supplément en ligne de 32 pages de résultats !) mais impressionnante par son design et séduisante par ses perspectives. Elle est la première du genre à avoir identifié des facteurs de risque génétiques de la maladie hémorroïdaire. Elle a également confirmé ce qu’on suspectait en pratique clinique, à savoir les anomalies spécifiques du tissu vasculaire (à l’origine des thromboses et des saignements) et/ou du tissu conjonctif (à l’origine du prolapsus) des patients atteints de pathologie hémorroïdaire. Certes, les troubles du transit ainsi que nombre de facteurs favorisants (grossesse, consommation d’épices ou d’alcool, etc.) ont aussi leur part dans cette physiopathologie certainement multifactorielle mais la plupart des patients aurait donc un profil génétique spécifique.


Bien sûr, on n’en est pas (encore) à la thérapie génique mais on pourrait imaginer de mettre en place des facteurs de prévention spécifiques chez les patients à risque génétique de pathologie hémorroïdaire, on pourrait également repérer en amont les sujets plus à risque de récidive après chirurgie mini-invasive hémorroïdaire, etc. Bref, tout est à faire (et à prouver) mais c’est passionnant !

Références
 
Titre :

La physiopathologie hémorroïdaire : l’entrée en scène des tests ADN !

Titre original :

Genome-wide analysis of 944 133 individuals provides insights into the etiology of haemorrhoidal disease

Auteurs :

Zheng T, Ellinghaus D, Juzenas S, Cossais F, Burmeister G, Mayr G, Jørgensen IF, Teder-Laving M, Skogholt AH, Chen S, Strege PR, Ito G, Banasik K, Becker T, Bokelmann F, Brunak S, Buch S, Clausnitzer H, Datz C; DBDS Consortium, Degenhardt F, Doniec M, Erikstrup C, Esko T, Forster M, Frey N, Fritsche LG, Gabrielsen ME, Gräßle T, Gsur A, Gross J, Hampe J, Hendricks A, Hinz S, Hveem K, Jongen J, Junker R, Karlsen TH, Hemmrich-Stanisak G, Kruis W, Kupcinskas J, Laubert T, Rosenstiel PC, Röcken C, Laudes M, Leendertz FH, Lieb W, Limperger V, Margetis N, Mätz-Rensing K, Németh CG, Ness-Jensen E, Nowak-Göttl U, Pandit A, Pedersen OB, Peleikis HG, Peuker K, Rodriguez CL, Rühlemann MC, Schniewind B, Schulzky M, Skieceviciene J, Tepel J, Thomas L, Uellendahl-Werth F, Ullum H, Vogel I, Volzke H, von Fersen L, von Schönfels W, Vanderwerff B, Wilking J, Wittig M, Zeissig S, Zobel M, Zawistowski M, Vacic V, Sazonova O, Noblin ES; 23andMe Research Team, Farrugia G, Beyder A, Wedel T, Kahlke V, Schafmayer C, D'Amato M, Franke A

Source(s) :

Article

Revue :

Gut

Références biblio. :

2021 juin (en ligne). doi:10.1136/gutjnl-2020-323868

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