Gastrostomie par voie endoscopique ou radiologique : laquelle choisir ?
Société Savante des Maladies et Cancers de l'Appareil Digestif

Domaine concerné
Thérapeutique

Degré d'innovation
Faible

Avancement
Validé

Impact patient

Impact soin
Moyen

Intérêt

Arrivée dans la pratique
Immédiat

Rédacteur
Docteur Pauline JOUET

Enthousiasme

À la une 14/12/2021

Gastrostomie par voie endoscopique ou radiologique : laquelle choisir ?

La gastrostomie per cutanée peut être réalisée par voie endoscopique (GPE) ou radiologique (GPR), les deux techniques ayant toutes les deux un très bon taux de succès. Cependant les résultats des études comparant les risques de chacune de ces techniques sont contradictoires, les études étant le plus souvent monocentriques, portant sur de petits effectifs, et pour des indications spécifiques. 


Cette étude compare les risques de la GPE à ceux de la GPR à l’aide d’une base de donnée nationale américaine utilisée dans les centres hospitaliers pour vétérans. L’étude a été effectuée sur des données datant de 2011 à 2021 et a porté sur des patients en ambulatoire ou en hospitalisation. L’objectif principal était de comparer l’incidence des effets secondaires, et les objectifs secondaires incluaient toutes les causes de mortalité. Au total 23 566 (70 7610,2 années) patients ont eu une GPE, et 9 715 (69 669,7 années) une GPR. Les indications les plus fréquentes de gastrostomie (GPE vs GPR) étaient un accident vasculaire (6,8 % vs 5,3 %, P < 0.01) ; une pneumopathie d’inhalation (10.9% vs 6.8%, P < 0.001) ; des troubles de l’alimentation (9,8 % vs 6,3 %, P < 0.01) ; et un cancer des voies aériennes supérieures (58,8 % vs 79,8 %, P < 0.01). Pour tous les différents types de cancers des voies aéro-digestives supérieures, il y avait significativement plus de GPR que de GPE qui ont été réalisées (P < 0.001). Les patients du groupe GPE étaient significativement plus âgés (70,76 ± 10.2 ans vs 69,66 ± 9,7 ans).


Après ajustement pour les variables possiblement confondantes comme l’index de comorbidité ou l’existence d’un cancer, la mortalité à 30 jours (toutes causes confondues) et l’incidence globale d’effets secondaires étaient significativement plus basses pour la GPE que pour la GPR : mortalité à 30 j toutes causes confondues (9,35 % vs 10,3 % (OR 0,80; [95% IC] 0,74–0,87; P < 0.01) ; perforation du côlon (0,12 % vs 0,24 % (OR 0,50; [95% IC] 0,29–0,86; P < 0,04) ; péritonite, 1,9 % vs 2,7 % (OR =0,68; [95% IC] 0,58–0,79; P < 0.01) ; en dehors du taux d’hémorragie qui était plus élevé : 1,6 % vs 1 % (OR 1,47; [95% IC] 1,18–1,83; P < 0.01). Les taux (GPR vs GPE) de replacement de la sonde de gastrostomie sous scopie sans contrôle du tube digestif étaient de 4,3 % vs 1,1 %, (P < 0,01), et le taux de vérification du bon positionnement d’une sonde préexistante avec du produit de contraste était de 9,8 % vs 2,5 %  (P < 0,01).


Les auteurs concluent à un moindre risque d’effets secondaires et de mortalité à 30 j pour la gastrostomie par voie endoscopique en comparaison à la voie radiologique.

 

Commentaires
 

Dans cette étude rétrospective, incluant plus de 33 000 patients hospitalisés et ambulatoires, la GPR était associée à une mortalité à 30 j et à un risque d’effets secondaires plus élevés que la GPE. A noter que la voie endoscopique était plus souvent utilisée pour des indications de pathologies bénignes, et la voie radiologique pour des pathologies malignes, ceci pouvant être lié au risque théorique d’ensemencement avec des cellules néoplasiques lors du passage de la sonde de GPE en cas de cancer des voies aéro-digestives supérieurs. Le risque de mortalité à 30 j était plus élevé dans le groupe GPR, y compris après ajustement pour les co-morbidités comme l’existence d’un cancer. Par contre la mortalité ajustée à 90 j était similaire dans les deux groupes, suggérant que la différence de mortalité précoce était bien liée à des évènements post-procédures. Les incidences de perforation colique et de péritonite étaient plus élevées dans le groupe GPR, ce qui a pu contribuer à l’augmentation de la mortalité à 30 j. Enfin le groupe GPR avait plus de dysfonctions et de complications mécaniques qu’après GPE, ceci pouvant être lié à l’utilisation de sondes et de ballons de rétention de plus petit diamètre dans le groupe GPR.


Malgré le caractère rétrospectif de cette étude, le manque de certaines données comme l’arrêt ou non des traitements anticoagulants, et le fait qu’elle ne concerne que des hommes traités dans des centres pour vétérans qui n’ont pas forcément les mêmes pratiques que dans les autres centres, cette étude effectuée sur très grand nombre de patients apporte des données solides en faveur d’un moindre risque de la GPE en comparaison à la GPR, avec moins de mortalité à 30 j, moins de complications mécaniques et moins d’effets secondaires en dehors du risque hémorragique. La place de la GPE en cas de cancer des voies aéro-digestives supérieures avec le risque d’ensemencement métastatique reste à être explorée.

Références
 
Titre :

Gastrostomie par voie endoscopique ou radiologique : laquelle choisir ?

Titre original :

Comparative Safety of Endoscopic vs Radiological Gastrostomy Tube Placement: Outcomes From a Large, Nationwide Veterans Affairs Database

Auteurs :

Divyanshoo R. Kohli, Kevin F. Kennedy, MS, Madhav Desai and Prateek Sharma

Source(s) :

Article

Revue :

American Journal of Gastroenterology

Références biblio. :

Am J Gastroenterol 2021;116:2367–2373

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