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CO.135 - Surincidence de cancers et surmortalité dans une cohorte de MICI pédiatrique en population générale (INSPIRED) sur 1 309 patients diagnostiqués entre 1988 et 2011

C. Dupont-Lucas, A. Leroyer, D. Ley, D. Turck, G. Savoye, C. Spyckerelle, V. Bertrand, V. Maunoury, N. Guillon, M. Fumery, C. Gower-Rousseau

Introduction

Une première exploitation des données d’une cohorte de MICI pédiatrique en population générale (INSPIRED) diagnostiquée entre 1988 et 2004, avait  montré un risque triplé de cancer par rapport à la population générale sans augmentation significative de la mortalité. L’objectif de ce travail est de rechercher une modification de la morbimortalité chez ces patients suite à la mise à jour de la cohorte, incluant les données concernant les patients diagnostiqués entre 1988 et 2011.

Patients et Methodes

Tous les patients de la cohorte INSPIRED diagnostiqués entre 1988 et 2011 avant l'âge de 17 ans, ayant une maladie de Crohn (MC) ou une recto-colite hémorragique (RCH) ont été inclus (base de données en cours de finalisation à ce jour). Les cancers incidents et les causes de décès ont été recueillis via les dossiers médicaux, jusqu’au 31/12/2013. La mortalité a été étudiée en croisant les identifiants des patients avec les certificats de décès informatisés (INSEE) jusqu'au 31/12/2015. Des ratios standardisés de mortalité (SMR) ont été estimés comparativement à la population des 4 départements couverts par la cohorte, pour les décès toutes causes confondues, les décès par cancer colo-rectal et par suicide (méthode exacte). Des ratios standardisés d'incidence (SIR) ont été calculés comparativement à l'incidence estimée de cancers dans ces mêmes 4 départements, pour les cancers toutes localisations confondues, les cancers colo-rectaux et les mélanomes (données INCa). 

Résultats

La cohorte comprenait 1309 patients, dont 679 hommes (52%). Il s’agissait de 983 MC et 384 RCH, dont l’âge médian au diagnostic de la MICI était de 14,4 années IQR[11,8-16,0]. 

Concernant le statut vital, la durée médiane de suivi était de 13,1 ans IQR [7,9-19,5] soit 18432 personnes-années (13879 pour les MC / 4553 pour le RCH). Au total, 15 décès sont survenus, dont 14 chez des patients ayant une MC, tous chez des patients diagnostiqués avant 2004. La mortalité toutes causes confondues, était supérieure à celle de la population générale de la même zone géographique (SMR=1,73 IC95%[1,03 – 2,85], p<0,05).  Le délai médian de survenue des décès était de 15,9 années après le diagnostic IQR[12,2-17,4] (Figure 1). La durée médiane de la maladie, chez les patients de l’ère pré-antiTNF (date de diagnostic : 1988-2004) était de 13,0 années IQR[9,5-17,5] et de 4,4 années IQR[2,9-6,0] chez les patients diagnostiqués entre 2005 et 2011. Les causes de décès étaient : cancer colo-rectal (n=3), tumeur maligne du foie et des voies biliaires (n=1), cholangite sclérosante (n=1), septicémie ou infection bactérienne (n=2),  suicide (n=2), accident de la voie publique (n=1), autres (n=5). Le risque de décès par cancer colorectal était 71 fois plus élevé que dans la population générale à sexe et âge identiques (SMR=71,39 IC95%[23,02-221,35], p<10-4), alors que le risque de décès par suicide ne différait pas de celui observé en population générale (SMR=0,72 IC95%[0,18-2,87]). 

Quinze cas de cancers ont été observés, dont 12 chez des patients ayant une MC. Le délai médian de survenue était de 15,1 années après le diagnostic IQR[9,8-16,0]. L’incidence était significativement plus élevée que dans la population générale : SIR=3,72 IC95%[2,24-6,16], p<10-4. Le cancer le plus fréquent était le cancer colo-rectal : n=5, SIR=42,26 (IC95%[17,59-101,53], p<10-4. Il y a eu 2 cas de mélanome (SIR=5,15 IC95%[1,29-20,61], p<0,05). Les autres cancers étaient : carcinome basocellulaire (n=2), peau non spécifié (n=1), pancréas (n=1), col de l’utérus (n=1), leucémie aigue lymphoblastique (n=1), leucémie myéloïde chronique (n=1), métastase osseuse (n=1).  Parmi les 15 patients ayant eu un cancer, 9 avaient reçu un immunosuppresseur et 5 un traitement anti-TNF-alpha, dont 4 une combothérapie.

Discussion

Conclusion

Ces données montrent l’augmentation de l’incidence des cancers et de la mortalité chez les patients ayant une MICI à début pédiatrique.  Les cas de cancer étaient survenus avec un délai médian de 15 ans après le diagnostic. Le recul paraît encore insuffisant pour juger de l’impact des anti-TNF sur la morbimortalité des MICI pédiatriques dans cette cohorte.

Remerciements