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CO.070 - Risque de cholangiocarcinome et transplantation hépatique sous thiopurines et anti-TNFα chez les patients atteints de cholangite sclérosante primitive et maladies inflammatoires chroniques intestinales : étude de cohorte en population française

A. Biron, L. Beaugerie, O. Chazouillères, J. Kirchgesner

Introduction

La cholangite sclérosante primitive (CSP) est une maladie inflammatoire des voies biliaires associée dans plus de 70% des cas à une maladie inflammatoire chronique intestinale (MICI). Les deux complications principales de la CSP sont le risque de cholangiocarcinome et de complications hépatiques comprenant la cirrhose biliaire secondaire et les angiocholites à répétition, pouvant mener à la transplantation hépatique. L’impact des traitements immunosuppresseurs et biothérapies indiqués dans la prise en charge des MICI sur le risque de complications de la CSP demeure inconnu, alors que ces traitements, notamment les thiopurines et anti-TNF, sont de plus en plus utilisés pour des périodes prolongés. L’objectif de notre étude était d’évaluer l’impact des thiopurines et anti-TNF sur le risque de cholangiocarcinome et transplantation hépatique chez les patients atteints de MICI et CSP, à l’échelle de la population française.

Patients et Methodes

L’étude a porté sur les données du Système National des Données de Santé (SNDS), qui fournit des informations sur la prise en charge ambulatoire et hospitalière pour tous les sujets affiliés à l’un des régimes obligatoires de l’assurance maladie, soit près de 98% de la population française. L’ensemble des patients atteints de CSP et MICI, âgés de plus de 18 ans et sans antécédent de cancer ou de transplantation hépatique ont été inclus. Le diagnostic de CSP reposait sur au moins deux éléments parmi: (1) hospitalisation ou (2) Affection Longue Durée liées à la CSP, (3) délivrance d’acide ursodésoxycholique et (4) réalisation d’une ponction biopsie hépatique. Le critère de jugement principal était un critère composite basé sur la survenue d’un cholangiocarcinome ou transplantation hépatique. Les patients ayant un diagnostic de CSP et MICI entre le 1e janvier 2009 et 1er janvier 2017 ont été inclus dans la cohorte et suivis jusqu’à la survenue d’un cholangiocarcinome ou transplantation hépatique, d’un cancer non biliaire, au décès ou au 31 décembre 2018. La propension à être exposé aux anti-TNF et/ou aux thiopurines pendant le suivi, en fonction des comorbidités, de l’activité de la MICI et de la CSP (hospitalisation liées à la CSP, angiocholites, drainages biliaires et cirrhose) a été estimée par régression logistique. Le risque de cholangiocarcinome et transplantation hépatique a été comparé à l’aide d’un modèle structural marginal de Cox pondéré par l’inverse de la probabilité d’être traité.

Résultats

Parmi 306 666 patients atteints de MICI, 3031 patients atteints de CSP ont été identifiés. Après application des critères d’exclusion, 1929 patients ont été inclus, dont  56,2% (n=1085) d’hommes, 53,1% (n=1025) avec rectocolite hémorragique, et 14,4% (n=277) avec une cirrhose à l’entrée dans la cohorte. Au cours du suivi, 34,9% (n=673) et 32,4% (n=625) des patients étaient exposés aux thiopurines et aux anti-TNF, respectivement. Durant un total de 9827 personnes-années, 37 cas de cholangiocarcinomes et 83 transplantations hépatiques ont été identifiés, correspondant respectivement à un taux d’incidence de 3,8 et 8,4 pour 1000 personnes-années. Comparé aux patients non exposés, le risque combiné de transplantation hépatique et de cholangiocarcinome n’était pas différent chez les patients exposés aux thiopurines et aux anti-TNF (Hazard ratio [HR], 0,77; intervalle de confiance à 95%, 0,40-1,47 et HR95%: 0,63 [0,26-1,52] respectivement). De même, l’exposition aux thiopurines (HR95%: 1,05 [0,39-2,82]) ou aux anti-TNF (HR95%: 0,59 [0,13-2,80]) n’était pas associée à un surrisque de cholangiocarcinome. La même tendance était observée pour l’exposition aux thiopurines (HR95%: 0,67 [0,30-1,48]) ou aux anti-TNF (HR95%: 0,68 [0,22-2,09]) sur le risque de transplantation hépatique. 

Discussion

Conclusion

A partir d’une cohorte de patients atteints de CSP et MICI en population générale, l’exposition aux thiopurines ou anti-TNF n’était pas associée à un surrisque de cholangiocarcinome et transplantation hépatique. Ces résultats pourront aider à guider la prise en charge thérapeutique des patients atteints de MICI et CSP nécessitant un traitement immunosuppresseur.

Remerciements