JFHOD

CO.159 - Reste-t-il une place pour la mucosectomie œsophagienne dans le traitement de l’adénocarcinome superficiel de l’œsophage ?

P. Doumbe-Mandengue, A. Belle, L.J. Palmieri, E. Abou Ali, R. Hallit, S. Dermine, C. Leandri, F. Beuvon, B. Terris, R. Coriat, S. Chaussade, M. Barret

Introduction

La mucosectomie au capuchon et la dissection sous-muqueuse sont les deux techniques endoscopiques permettant la résection d’adénocarcinomes superficiels de l’œsophage, et constituent des alternatives à la résection œsogastrique chirurgicale pour les cancers T1, du fait de leur faible morbidité. Le choix entre ces deux techniques se fait à l’appréciation de l’endoscopiste selon la taille de la lésion, et selon son expérience car la dissection sous-muqueuse est un geste plus difficile. L’objectif de cette étude était de comparer la dissection sous-muqueuse à la mucosectomie en termes de résultats histologiques et oncologiques, pour des adénocarcinomes superficiels de l’œsophage.

Patients et Methodes

Quatre-vingt-cinq patients traités par résection endoscopique pour un adénocarcinome de l’œsophage superficiel ont été inclus dans notre étude rétrospective réalisée dans un centre tertiaire entre mars 2015 et décembre 2019. Le choix entre dissection sous-muqueuse et mucosectomie était fait en fonction de la taille de la lésion, afin de permettre une résection monobloc de l’adénocarcinome. La dissection sous muqueuse était réalisée à l’aide d’un bistouri dédié (Dual Knife, Olympus) et la mucosectomie d’un ligateur élastique et d’une anse hexagonale (système Duette, Cook). Les deux techniques de résection endoscopique ont été comparées en termes de résultats cliniques, procéduraux, histologiques et oncologiques. Les complications étaient évaluées selon la classification de l’ASGE. 

Résultats

Nous avons inclus 57 (67%) adénocarcinomes superficiels œsophagiens traités par dissection sous-muqueuse, et 28 (33%) traités par mucosectomie. La médiane (IQR) de la taille des lésions et de la taille des résections était de 20 (15-25) mm et 40 (40-58) mm pour celles réséquées par dissection sous-muqueuse, et 15 (8-16) mm et 30 (20-30) mm pour celles réséquées par mucosectomie, p < 0.01. La dissection sous-muqueuse a permis une résection en bloc dans 100% des cas, et la mucosectomie dans 39% des cas, p < 0.001. Le taux de résection R0 et le taux de résection curative dans le groupe dissection sous-muqueuse par rapport au groupe mucosectomie était respectivement de 86% et 67%, contre 24% et 24%, p < 0.001. Sept patients (12%) ont été opérés en raison d’une résection endoscopique jugée non curative dans le groupe dissection, contre 3 (11%) dans le groupe mucosectomie, p=1. Le taux de complications était de 8 (14%) vs 8 (29%) (p=0.11), et de 0 (0%) vs 1 (3.6%), (p=0.66) pour les complications sévères, dans les groupes dissection sous muqueuse et mucosectomie, respectivement. Cependant,  la durée d’hospitalisation était de 1,2 jours dans le groupe dissection contre 0,7 jour dans le groupe mucosectomie, p=0,02. Le taux de sténose était de 12% dans le groupe dissection-sous muqueuse et 25% dans le groupe mucosectomie, p=0.21. La durée médiane de suivi (IQR) était de 19 (12 – 31) mois dans le groupe dissection sous-muqueuse contre 18 (11 – 28) mois dans le groupe mucosectomie. Le taux de récidive était de 24% contre 20%, respectivement, p=0.7. La survie globale a été de 93% contre 96%, p=1.

Discussion

Conclusion

La dissection sous-muqueuse en traitement des adénocarcinomes œsophagiens superficiels permet d’obtenir des résultats histologiques nettement supérieurs à la mucosectomie. Toutefois, ces différences ne se traduisent pas dans notre travail en un bénéfice clinique après une durée médiane de suivi de 18 mois. 

Remerciements