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CO.056 - Quelle prise en charge pour un carcinome épidermoïde T1N0 du canal anal ? Analyse de pratiques dans la cohorte prospective française ANABASE

M. Bacci, L. Quero, E. Barbier, L. Parrot, P. Pommier, L. Bazire, C. Lepage, V. Vendrely, L. Abramowitz

Introduction

La radio-chimiothérapie (RCT) est le traitement standard des carcinomes épidermoïdes du canal anal (CECA) quel qu’en soit le stade. La faible représentation des T1N0M0 dans les études randomisées et leur bon pronostic posent la question d’une désescalade thérapeutique pour ces patients. Des stratégies alternatives comme la radiothérapie (RT) seule, la RCT à doses réduites ou l’exérèse locale (EL) sont actuellement débattues.

Matériels et méthodes

A partir de la cohorte ANABASE, étude observationnelle nationale prospective des patients (pts) traités pour un cancer du canal anal, nous avons analysé les pts traités par EL ou RT pour une CECA T1N0M0. L’objectif de l’étude était de décrire les pratiques de traitement, les survies sans récidive (SSR) et sans colostomie (SSC) ainsi que les facteurs pronostiques en fonction du traitement réalisé.

Résultats

Les données de 1135 pts traités pour un CECA entre Janvier 2015 et Janvier 2020 étaient disponibles dans la cohorte, avec 123 patients (10,8%) classés T1, après exclusion des tumeurs de la marge anale. Vingt-deux pts (17,9%) présentaient un envahissement ganglionnaire et 1 pt a été exclu pour données incomplètes. Au total, 100 pts avec une tumeur T1N0MO ont été inclus. Dix-sept patients (17%) ont eu une EL, 1 (1%) une amputation abdomino-périnéale (antécédent de RT pelvienne, exclu des analyses ultérieures) et 82 (82%) une RT (RT seule, n=65, 79,2% ou RCT, n=17, 20,7%). Le suivi médian était de 27,2 mois [0,03-54,44]. Dans le groupe (gpe) EL, la taille tumorale moyenne était de 11,4 mm [0,9-20] avec 100% de marges saines (> 1 mm). Dans le gpe RT, la taille tumorale moyenne était de 15,3 mm [2-20] et 24 pts (29,4%) avaient une EL avant la RT avec 37,5% de marges positives (< 1 mm). La dose moyenne délivrée à la tumeur était de 59,4 Gy [18-69,4], avec une irradiation pelvienne pour 77pts (93,9%), inguinale pour 45pts (54,9%), un boost en curiethérapie pour 19pts (23,2%). Une CT concomitante (à base de 5FU-Mitomycine) était associée pour 17pts (20,7%). Dix pts (10%) ont présenté une récidive, 1 (5,6%) dans le gpe EL et 9 (11%) dans le gpe RT. Celle-ci était locale (60%), ganglionnaire (10%) ou les deux (30%). Les SSR à 12, 24 et 36 mois étaient respectivement de 96,5% [IC95%, 89,5-98,9], 92,2% [IC95%, 83,4-96,4] et 88,1% [IC95%, 77,1-94,2]. Les SSC à 12, 24 et 36 mois étaient respectivement de 97,7% [IC95%, 90,9-99,4], 94,6% [IC95%, 86,1-98,0] and 88,5% [IC95%, 77,0-94,5]. En analyse uni-variée, seul le sexe masculin était associé à une augmentation significative du risque de récidive ou de décès (HR 5,57 ; IC95%, 1,76-17,63 ; p=0,004).  Il n’existait pas de lien entre le gpe de traitement et ce risque (HR 0,57 ; IC95% 0,07-4,45 ; p=0,60).

Discussion

Conclusion

Cette étude confirme l’hétérogénéité de prise en charge des CECA T1N0M0, en France. Elle souligne le risque d’envahissement ganglionnaire initial non négligeable (18%) existant pour ces petites tumeurs et justifiant la réalisation d’un bilan d’extension complet par IRM pelvienne et TEP TDM. Du fait du faible nombre d’évènements et de patients traités par EL, les questions restent ouvertes quant à la place de la RT seule, d’une réduction de dose et/ou de volume de RT et sur les critères autorisant une EL, tels que la taille tumorale ou les marges d’exérèse.

Remerciements