JFHOD

CO.020 - La consommation de fer héminique des produits carnés induit une hypersensibilité viscérale chez la souris : implications de la néoformation d’alcénals et du microbiote intestinal

A. Mazenc, V. Tondereau, C. Maslo, F. Guéraud, F. Pierre, H. Eutamène, V. Theodorou, M. Olier

Introduction

Environs deux-tiers des patients atteints du syndrome de l’intestin irritable (SII) évoquent une relation directe entre la consommation de certains aliments et l’exacerbation de leurs symptômes (douleurs abdominales, ballonnements), renforçant l’idée que l’éviction de ceux-ci associée à des recommandations nutritionnelles personnalisées, pourrait apporter un bénéfice aux patients. Le paradigme de l’efficacité des régimes pauvres en FODMAPs sur la symptomatologie du SII(1) supporte fortement cette idée. La littérature rapporte également que le régime alimentaire des patients SII versus les sujets sains est globalement de moindre qualité et souligne une consommation importante de viandes transformées(2). Le fer héminique contenu dans les viandes transformées conduit à la formation d’aldéhydes en altérant le microbiote intestinal et en catalysant l’oxydation de lipides(3). De manière intéressante, parmi les alcénals néoformés, l’un d’entre eux, le 4-hydroxynonenal active les voies de signalisation de la douleur(4).

Notre objectif est donc d’étudier si un régime enrichi en fer héminique altère l’axe microbiote-intestin-cerveau en modifiant la sensibilité viscérale chez la souris en réponse à une distension colorectale.

Matériels et méthodes

Des souris C3H/HeN ont été nourries avec un régime AIN-76A supplémenté en citrate de fer (contrôle) ou en fer héminique (1,5µmol/g sous forme d’hémine). Après 15 jours de régime, les animaux ont été équipés d’électrodes implantées sur le muscle abdominal afin de mesurer par électromyographie l’amplitude de la crampe abdominale en réponse à une distension colorectale. Parallèlement, les fèces ont été collectés afin de mesurer la formation d’alcénals par un dosage des TBARs et d’analyser la composition de leur microbiote par séquençage 16S (Miseq Illumina). L’activité enzymatique du lysozyme, reflétant l’activité antimicrobienne des cellules de Paneth a également été évaluée dans les fèces.

Résultats

Le régime enrichi en fer héminique induit une augmentation significative de la formation luminale d’alcénals dans le côlon des souris (p<0.001) et une hypersensibilité viscérale en réponse à la distension colorectale (p<0.001) en comparaison du régime contrôle. De plus, un régime enrichi en fer héminique diminue de façon drastique l’activité antimicrobienne fécale (p<0.001), et se traduit par une dysbiose du microbiote. En effet, la richesse du microbiote des souris nourries avec un régime enrichi en fer héminique est appauvrie (diversité α, p<0.0001) et sa diversité est altérée (indice , Adonis : p<0.0001). Cette altération se caractérise notamment par une diminution de l’abondance en Firmicutes (q<0.001) et plus particulièrement des Clostridia, associée à une surabondance des Gammaproteobacteria parmi lesquelles celle des Escherichia coli (q<0.001).

Discussion

Conclusion

Cette étude conduite chez la souris montre pour la première fois un lien entre la consommation de fer héminique et la promotion d’une hypersensibilité viscérale. La dysbiose du microbiote observée serait la conséquence d’une diminution de l’activité antimicrobienne intestinale. Nos résultats nous permettent de proposer que l’hypersensibilité viscérale résulterait de la production d’alcénals générés par l’oxydation de lipides luminaux et/ou par des taxa bactériens caractéristiques de la dysbiose induite.

Remerciements