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CO.069 - La cicatrisation transmurale est associée à une meilleure évolution que la cicatrisation muqueuse endoscopique chez les patients atteints de maladie de Crohn

A. Buisson, B. Pereira, C. Hordonneau, J. Vignette, L. Blayac, M. Dapoigny, M. Reymond, O. Rouquette, E. Sollelis, M. Boube, B. Magnin, P. Lafeuille

Introduction

La cicatrisation muqueuse endoscopique  est la cible thérapeutique actuelle dans le traitement de la maladie de Crohn (MC). Cependant, la cicatrisation transmurale pourrait conduire à une meilleure évolution de la maladie.

Nous avons donc mené une étude observationnelle rétrospective pour évaluer si la cicatrisation transmurale était le meilleur critère thérapeutique pour prédire une évolution favorable à long terme chez les patients atteints de MC.

Patients et Methodes

À partir de notre base de données IRM, nous avons identifié rétrospectivement tous les patients adultes atteints de MC qui ont réalisé une IRM et une coloscopie dans un intervalle de 3 mois (intervalle médian = 17,5 jours). Ils ont été classés comme ayant une cicatrisation muqueuse endoscopique (pas d'ulcération ou d'érosion aphtoïde), une rémission IRM (aucun signe d'inflammation par IRM et aucune complication), une cicatrisation transmurale (combinaison de cicatrisation muqueuse endoscopique et rémission IRM) ou pas de cicatrisation.

Les critères de jugements étudiés étaient le délai avant : chirurgie, progression de la destruction intestinale, hospitalisation, arrêt du traitement pour rechute de la MC et escalade thérapeutique. Les résultats présentés sont ceux résultant des analyses multivariées ajustées sur les facteurs de confusion potentiels et ont été exprimés en hazard ratio (= HR) et intervalle de confiance à 95%.

Résultats

Au total, 154 patients atteints de MC ont été inclus. Parmi eux, 51,9% (80/154), 10,4% (16/154), 19,5% (30/154) et 18,2% (28/154) était classés dans les groupes aucune cicatrisation, cicatrisation muqueuse endoscopique, rémission IRM et cicatrisation transmurale, respectivement. Le suivi médian après le deuxième examen était de 29,1 mois [12,9-52,3].

En analyses multivariée ajustée sur les facteurs de confusion potentiels, la cicatrisation transmurale était associée à moins de chirurgie (p = 0,0013), de progression de la destruction intestinale (HR = 0,07 [0,01-0,55], p = 0,012), d'hospitalisation (HR = 0,11 [0,28-0,49] , p = 0,003), d’arrêt du médicament pour rechute de la MC (HR = 0,15 [0,07-0,32], p <0,001) et d'escalade thérapeutique (HR = 0,11 [0,05-0,24], p <0,001) que l'absence de cicatrisation.

En analyses multivariée ajustée sur les facteurs de confusion potentiels, la rémission IRM diminuait les risques de chirurgie (HR = 0,08 [0,01-0,58], p = 0,013) de progression de la destruction intestinale (HR = 0,14 [0,03-0,61], p = 0,009), d'hospitalisation (HR = 0,34 [0,15-0,77], p = 0,009), d’arrêt du médicament pour rechute de la MC (HR = 0,27 [0,13-0,55], p <0,001) et d’escalade thérapeutique (HR = 0,28 [0,15-0,51], p <0,001) par rapport à l'absence de cicatrisation.

En analyses multivariée ajustée sur les facteurs de confusion potentiels, la cicatrisation muqueuse endoscopique avait un risque numériquement plus faible de chirurgie par rapport à l'absence de guérison (HR = 0,28 [0,07-1,17], p = 0,082) et une diminution significative du risque d'hospitalisation (HR = 0,30 [0,10-0,84], p = 0,022), d’arrêt du médicament pour rechute de la MC (HR = 0,21 [0,08-0,54], p = 0,001) et d'escalade thérapeutique (HR = 0,20 [0,08-0,45], p <0,001) par rapport à l'absence de cicatrisation mais le même risque de progression de la destruction intestinale (HR = 0,71 [0,32-1,57], p = 0,40).

Les patients atteints de cicatrisation transmurale (p = 0,0047) et de rémission IRM (p = 0,0066) avaient un risque plus faible de progression de la destruction intestinale que ceux atteints de cicatrisation muqueuse endoscopique. Les patients avec cicatrisation transmurale présentaient également un risque réduit d'arrêt du médicament pour rechute de la MC (p = 0,0394 et p = 0,0376) et d'escalade thérapeutique (p = 0,049 et p = 0,017) par rapport à ceux ayant une cicatrisation muqueuse endoscopique et une rémission IRM, respectivement.

Discussion

Conclusion

La cicatrisation transmurale est associée à une meilleure évolution de la maladie que cicatrisation muqueuse endoscopique ou la rémission IRM, et pourrait être considérée comme la meilleure cible thérapeutique chez les patients atteints de MC.

Cependant, des essais cliniques interventionnels sont nécessaires pour confirmer ces données avant d'être mis en œuvre en pratique quotidienne et dans les essais cliniques.

Remerciements